La question de l’assainissement à Jacmel

L’ulcère d’estomac, l’amibiase et la parasitose intestinales, les fièvres typhoïde et la malaria, l’asthme, le diabète, l’hypertension artériel sont entre autres les maladies les plus fréquentes traitées dans les cliniques privées et à l’hôpital St-Michel de Jacmel, selon plusieurs médecins ayant pignons sur rue dans la métropole du Sud-Est. La plupart de ces maladies sont directement liées à un problème majeur d’assainissement, précisent ces médecins. « Résoudre le problème de l’assainissement dans le département du Sud-Est permettra à l’État haïtien de garder une population en santé, et d’économiser beaucoup d’argent », a déclaré Dr Michel Tozin, spécialiste en médecine interne gastro-entérologie. L’amibiase et la parasitose intestinales, les fièvres typhoïde et malaria sont engendrées et nourries par la présence de fatras à chaque coin de rue de la ville, la typhoïde, elle, est une maladie hydrique, affirme le médecin.

Pour lui, « une population en santé engendrera une économie en santé ». L’assainissement… « À Jacmel, de nos jours, une bonne partie des citoyens commence à développer une sorte d’indifférence face aux piles d’immondices qui jonchent les rues, et aux déchets ménagers. C’est inquiétant. Au marché public, à l’angle des rues, les tas de détritus et les flaques d’eau se forment, et sont alimentés par nos ménages. Ces immondices attirent des moustiques et des mouches. Ils hébergent des rats et des cafards… les mouches sont les vecteurs sûrs de la propagation des maladies dues au problème d’assainissement de la ville. Et là où il y a des détritus, il y a toujours des mouches…», a souligné Dr Tozin. « Je rencontre aussi des cas d’infection vaginale, qui est aussi liée à la mauvaise qualité de l’eau… », a poursuivi le docteur Tozin, pour souligner la mauvaise qualité de l’eau qu’utilise la population. Le docteur Gérald Bertrand de la clinique Sts Jacques et Philippe, lui aussi rencontre souvent ces maladies. À la liste de son confrère Tozin, il ajoute l’asthme et le diabète. L’asthme est dû à un problème d’assainissement également. La présence de détritus dans les rues de la ville est un danger pour les asthmatiques. Les fatras, les égouts à ciel ouvert dégagent une odeur nauséabonde qui déclenche des crises chez les asthmatiques, a constaté le Dr Gérald Bertrand. …et les pharmacies Les pharmaciens confirment que les médicaments les plus vendus quotidiennement sont ceux traitant les maladies ayant un lien avec le problème d’assainissement de la ville. Pour le propriétaire de la pharmacie St-André, par exemple les médicaments contre les fièvres, la malaria et la typhoïde surtout, les analgésiques et les médicaments contre l’asthme sont les plus demandés. Les propositions… Les médecins Tozin et Bertrand plaident en faveur de la réduction de latrines dans les ménages. Selon eux les latrines hébergent des cafards et des rats, deux bestioles parasites porteuses de maladies dans les foyers. Le service de la voirie de la ville aussi doit être renforcé en équipements et ressources humaines, estiment ces médecins. Aussi encouragent-ils la direction départementale de la Santé publique et la mairie de Jacmel à travailler ensemble afin de résoudre le problème de l’assainissement de la ville. « Les sources doivent être protégées également », ajoute Dr Gérald Bertrand. Pour le propriétaire de la pharmacie St-André et le Dr Michel Tozin, pendant que les responsables travaillent sur l’assainissement quotidien de la ville, les écoles devraient de leur côté éduquer, sensibiliser les élèves sur les notions de l’hygiène et de l’assainissement. Vivre dans une ville propre sans la présence de piles d’immondices dans les rues favorise la santé. Les médecins et pharmaciens rencontrés sur ce dossier d’assainissement à Jacmel croient que l’administration publique et la population sont obligées de conjuguer leurs efforts pour lutter contre ce problème d’assainissement, principale cause de la plupart des cas de maladies traitées quotidiennement à St-Michel et dans plusieurs cliniques privées de la ville. « Je me souviens des officiers sanitaires d’autrefois. L’État haïtien devrait revenir avec ces professionnels de la santé publique… », a commenté Maurice Jean Simon, un citoyen présent à la pharmacie St André au moment de l’entretien avec le propriétaire. …et la mairie de Jacmel Selon l’agent exécutif intérimaire de Jacmel, Richardson François, la mairie n’est pas la seule institution concernée par l’assainissement. La Dinepa, les ministères de l’environnement, des travaux publics et de la Santé publique, sont directement concernés par l’assainissement. La mairie s’occupe surtout de la collecte d’ordures. « L’assainissement est complexe à Jacmel. Actuellement je peux dire que 90% des rues de la ville sont propres. Je reconnais qu’il y a beaucoup de fatras au marché public, cependant je peux vous assurer que la mairie travaille là-dessus… pour ramasser les ordures ménagères, domestiques, la mairie établit un horaire précis pour chaque zone, mais le problème c’est que les gens ne respectent pas l’horaire. Ils déposent les fatras domestiques avant l’heure, c’est ce qui explique la présence de ces tas de détritus dans les rues de la ville », a précisé le maire François, ajoutant que « la presse a aussi son rôle à jouer dans le cadre de la sensibilisation de la population. Notons que selon l’agent exécutif intérimaire Richardson François la délégation du Sud-Est, la direction départementale des travaux publics, la mairie de Jacmel travaillent conjointement à assainir la ville. Les Travaux publics acceptent de mettre parfois leurs camions à la disposition de la voirie.

Pierre Paul Ancion

 

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